Lors d’une vague de chaleur, l’assèchement de la terre peut rendre le sol imperméable, ce qui facilite les inondations pendant un orage. En plus, les orages et pluies saisonnières peuvent devenir plus intenses. Voyons comment la canicule agit comme un démultiplicateur d’impact sur un risque déjà existant.
Des vagues de chaleur intense qui assèchent les sols
Les inondations n’ont pas attendu des étés particulièrement chauds pour se produire. Elles font partie de l’histoire de l’urbanisation, et les inondations (principalement à cause des crues, c’est-à dire de fleuves et rivières qui débordent) arrivent aussi en hiver.
Mais c’est un fait : à travers la planète, de plus en plus de pays sont confrontés à des périodes estivales très chaudes qui rendent les sols moins capables d’amortir l’impact d’un orage violent. Alors qu’en hiver, des températures très douces ou supérieures à la normale n’entraînent pas toujours des dégâts visibles à l’oeil nu au niveau du sol, l’impact des températures sur le sol en été est plus visible.

Avec la canicule, la terre devient comme étanche !
Il suffit d’une période prolongée de sécheresse et de fortes chaleurs pendant plusieurs jours pour que le sol s’assèche visiblement, se craquelle avec des fissures où l’on passe facilement le doigt.
Or lorsque le sol devient très sec, il ne peut plus aussi bien absorber l’eau. Autre problème, la chaleur accumulée au fil des jours augmente le risque d’orages particulièrement violents.
Des pluies diluviennes avec des nuages bien chargés
Concrètement, lors d’un orage d’été en France, il peut tomber de 50 à 100 litres d’eau par mètre carré en quelques heures. Un orage exceptionnel peut être plus « généreux » : on a déjà atteint quatre à cinq fois plus lors de catastrophes comme celle, en France, de Vaison-la-Romaine en septembre 1992, où les températures avaient aussi été supérieures à la moyenne.
Il faut donc être vigilant sur les prévisions, surtout quand le ciel s’assombrit avec des nuages massifs. Un gros nuage de type cumulo-nimbus de 1 km de large sur 10 km de hauteur contient 1 million de litres d’eau : de quoi étancher plus d’une soif.
Lorsque cette pluie touche le sol, l’eau s’écoule à la surface du sol desséché sans pouvoir s’infiltrer… les flots iront là où la nature des sols et la gravité l’amèneront, par exemple vers des habitations ou vers le lit d’un cours d’eau pour le faire grossir.

Une expérience simple à faire chez soi
Pour se rendre compte du phénomène lié à l’assèchement du sol, il suffit d’arroser un plante dans un pot à la terre bien sèche pour constater que l’eau ruisselle à la surface et ne pénètre pas. Si on met trop d’eau, elle va déborder du pot. Au contraire, quand la terre du pot est humide, l’eau pénètre vite en profondeur et ça ne déborde pas.
En guise de démonstration vidéo, le chercheur Dr Robert Thompson du département météorologie de l’Université de Reading a comparé comment l’eau pénétrait selon que le sol était humide et herbeux, ou bien sec et avec une herbe desséchée.
Il ne s’agit pas d’une expérience scientifique à proprement parler (les sceptiques peuvent juger que l’herbe fraîche au bord du gobelet facilite l’entrée d’air pour évacuer l’eau, etc), mais ça marque les esprits. En soi, le sol sec est réellement toujours plus « étanche ».
Le résultat :
- Avec un sol herbeux et humide (« wet grass » dans la vidéo), il fallait neuf secondes.
- Avec un sol plus sec lors d’un été banal (« normal summer »), il fallait presque une minute.
- Sur un sol très desséché lors d’une vague de chaleur (« after heatwave »), le verre a mis 15 minutes pour se vider.
En France, des inondations surtout liées à l’aménagement du territoire
L’Office Français de la Biodiversité (OFB) le rappelle sur cette page : le problème réel lié aux inondations vient surtout des choix d’urbanisation, de construction de routes et d’infrastructures (centres commerciaux, zones industrielles, etc.) ou du développement de l’agriculture intensive.
En supprimant des espaces boisés, en modifiant des cours d’eau, en appauvrissant ou en bétonnant les sols, on empêche la nature d’absorber des quantité massives d’eau qui tombent du ciel ou surgissent de zones proches en quelques heures. L’accumulation d’eau finit par affecter des zones habitées avec les dégâts qu’on connait (inondation des sous-sols, destruction de ponts et d’entrepôts, fermetures de routes et de commerces, etc.)
Partout dans le monde, la canicule amplifie les dégâts
En résumé, la canicule n’est pas une cause d’inondation en soi : souvent, le risque existait déjà. Par contre, elle va radicalement augmenter l’impact d’un dégât (crue, inondation).
Les proportions peuvent devenir spectaculaires. En France, l’impact du changement climatique n’est pas encore visible dans les statistiques concernant les inondations selon l’Observatoire Français de la Biodiversité.
Cela dit, ici ou ailleurs dans le monde, des événements de grande ampleur ont déjà frappé des pays avec une dureté accrue à cause de la canicule. Lors de la saison des pluies, des débits diluviens risquent d’impacter de plus en plus souvent la vie de millions d’habitants.
D’autres craintes d’inondation à long terme ?
Les experts du réchauffement climatique craignent un autre risque, à l’échelle de la planète et à un horizon plus lointain : l’inondation de zones côtières à cause de l’élévation du niveau de la mer.
En cause : l’urbanisation des côtes avec une montée des eaux liées à la fonte de la calotte glacière au Groenland et dans l’Antarctique, ainsi qu’une dilation du volume des océans, puisque leur eau monte en température.
Si le sujet vous intéresse, des sites abordent ce sujet en détail avec des projections qui, comme souvent, font débat. Voici un condensé des conclusions du rapport du GIEC :
Comment réduire le risque de dégât en cas d’inondation ?
Quelles qu’en soient les causes (aménagements du territoire douteux dans des zones inondables, sols plus secs, orages plus violents…), le risque d’inondation devrait augmenter dans de nombreuses zones urbanisées dans les prochaines années. Comment se prémunir ?
Des solutions :
- Garder des espaces inondables
- Mieux concevoir les habitations, les locaux d’entreprises
- Végétaliser aux bons endroits
1. Garder des zones inondables comme « espace tampon »
Le premier bon réflexe est de prendre en compte le risque et laisser les terrains capables d’absorber naturellement l’eau de pluie ou de ruissellement. On évite donc d’y construire, de rendre les sols imperméables en supprimant la végétation ou en bétonnant jusqu’à l’excès.
En résumé, on évite ce qu’on appelle l’ « artificialisation des sols ».
2. Mieux concevoir et équiper les habitations, les locaux d’entreprises
Pour réduire les dégâts, on évite les constructions de plain-pied, les sous-sols aménagés. On prévoit des espaces d’infiltration et de déviation de l’eau de crue. On prépare des bassins de rétention. On installe des équipements en hauteur, sur pilotis ou en réhaussant légèrement la construction.
3. Végétaliser aux bons endroits
Les amoureux de la nature le savent : elle propose mille façons de nous aider et nous protéger. Lors d’une canicule, les arbres et les zones herbeuses apportent de la fraîcheur. C’est une solution pour éviter des îlots de chaleur.
En plus, la végétation (haies, rangées d’arbustes, etc.) est un frein pour les écoulements d’eau et de boue, et elle facilite la pénétration de l’eau dans le sol.
Vous connaissez une initiative, un produit ou un service qui peut aider à se prémunir des dégâts d’une inondation ? Contactez-nous.








