Quel impact de la canicule sur les vendanges et la production de vin ?
La canicule et la sécheresse peuvent causer des ravages dans l’agriculture, en limitant les récoltes de céréales ou de légumes. Qu’en est-il de la production de raisin et de vin ? Si les vagues de chaleur mettent à mal les vignobles et compliquent les vendanges, quelles peuvent être les conséquences pour les professionnels et le grand public ?
Voyons d’abord comme le secteur vit l’évolution des vendanges depuis quelques années.
Sur l’année, une maturité précoce des grappes de raisin
C’est un constat : on a une légère augmentation moyenne de la température en cours d’année. On a aussi une multiplication des pics de chaleur à l’approche de l’été. Autre constat : la maturation de la vigne est accélérée. Parfois de plusieurs semaines !
Depuis une dizaine d’années, les professionnels du vin ont observé dans les vignobles :
- une légère élévation de la température moyenne durant l’année,
- une plus grande durée d’ensoleillement
- une plus forte teneur en sucre pour les cépages
La conséquence : la croissance, l’arrivée à maturité de la vigne sont accélérées.
Est-ce un mal ? Si l’eau manque, oui.
En effet, l’élément le plus important reste l’eau : la quantité de pluie reçue en cours d’année est tout aussi déterminante que la quantité de soleil.
Un printemps pluvieux et un été très ensoleillé peuvent être très bons pour les vignes. Mais les pics de chaleur ont des conséquences, surtout lorsque la pluie n’est pas suffisamment tombée depuis des mois.
Un impact sur l’acidité et la quantité de sucres
Lorsqu’une période de sécheresse s’accompagne d’une vague de chaleur, avec des nuits plus chaudes que d’habitude, certains cépages réagissent mal au moment de la véraison (vers fin juillet en général), c’est-à-dire quand le grain de raisin qui était vert change d’aspect et de couleur.
Normalement, avec la véraison, le grain adopte ces jolies teintes (rouge, vert translucide ou même jaune dorée) qu’on voit sur les étalages des primeurs et des commerçants. Il devient aussi agréable au goût.
Or pendant cette phase de changement du raisin, un excès de chaleur bousculera la production naturelle des arômes. D’après les spécialistes, certains cépages perdent ou gagnent en acidité, plus que d’habitude, ce qui altère leur caractère.
Des situations où la vigne se meurt
Quand la pluie a fait défaut en cours d’année, puis quand la sécheresse d’un été aride s’accompagne de fortes températures, on a le pire scénario.
Les vignes se ratatinent, avec des pieds plus petits, qui montent parfois un mètre de moins par rapport à une année normale. Au moment des vendanges, les grains sont devenus petits, trop acides… la vigne souffre.
En plus, comme la terre est sèche, le peu de pluie qui pourrait tomber du ciel et apporter un peu de répit n’est pas bien absorbée. Elle ruisselle sur les sols sans les pénétrer pour hydrater le pied.
Résultat, pour certains vignerons, la perte de production peut représenter 40% de bouteilles en moins pour leur cuvée sur cette année.
Des vendanges plus tôt dans l’année
A l’été 2022 en France, en région Occitanie, des récoltes ont démarré début août… alors qu’elles ont traditionnellement lieu début septembre pour les plus hâtives ! Et encore : le calendrier fixe les vendanges plutôt à la mi-septembre en moyenne.
Or ces vendanges précoces posent un problème : le manque de bras pour récolter.
Des saisonniers qui manquent à l’appel
Quand la saison des vendanges démarre plus tôt que prévu, c’est-à-dire avec deux semaines à un mois d’avance, cela crée un décalage important entre le besoin en bras et la disponibilité de saisonniers, qui sont pris par d’autres métiers estivaux (serveur en café/restaurant pendant la haute saison, etc.) ou profitent de leurs congés.
Avec les grandes chaleurs d’été, le travail des vendanges rendu plus pénible
La poussée du thermomètre l’été complique le métier. La cueillette du raisin se fait en plein soleil, sur des hectares sans ombre, et on dépasse souvent les 30 degrés.
Quand la température approche les 40 degrés, l’activité n’est plus tenable.
Risque d’insolation, de malaise et de coup de chaleur
Cette exposition prolongée à la chaleur et au soleil représente un risque : coup de soleil, déshydratation, coup de chaleur. Ce dernier est le plus dangereux.
Rappelons les bons réflexes pour préserver sa santé :
- boire régulièrement de l’eau
- se protéger la tête avec un chapeau, une casquette
- appliquer une crème solaire pour protéger la peau
- faire des pauses et ne pas chercher à repousser ses propres limites
Des horaires aménagés pour la récolte
Autre conséquence directement liée aux fortes chaleurs : le démarrage des journées plus tôt. Il n’est pas rare que les équipes démarrent à 6 heures du matin, après le lever du jour, pour moins souffrir de la chaleur à l’approche du midi.
Peut-on avoir de bons crus malgré la canicule ?
Comme le temps ensoleillé est aussi l’ami du raisin et du bon vin, certains propriétaires de domaines viticoles gardent quand même garder le sourire… quand la pluie a été présente en cours d’année.
Si l’hiver et le printemps ont été suffisamment pluvieux, ce qui a été le cas pour quelques départements en 2022 par exemple, la récolte peut être de qualité.
En conclusion
Un pic temporaire de chaleur et de soleil peuvent booster la qualité des récoltes si la pluie est au rendez-vous. Par contre, une sécheresse prolongée cumulée à la canicule peuvent représenter une catastrophe pour les vignobles.
Avec des cépages à la maturité bloquée ou accélérée, des grains de petite taille, à la peau plus épaisse et aux arômes moins agréables, les récoltes bouleversées par une canicule seront moins bonnes.
Le travail des vendanges devient aussi plus pénible. Bref, c’est tout un secteur d’activité qui doit s’adapter pour préserver les vignobles, la production et faire profiter les prochaines générations d’un bon vin ou d’une belle grappe de raisins.







